On croit connaître le cardinal de Richelieu. Certes, il compte parmi les six ou sept principales figures de proue de l'histoire de France, en l'espèce rarement aimé, presque toujours admiré. On croit donc le connaître mais il demeure mal connu. Pour la majorité de nos contemporains, il reste l'homme rouge, l'impitoyable bourreau des grands nobles, le personnage sévère, fourbe et sadique imaginé à la suite des Trois Mousquetaires (ce qui se révèle faux, à l'examen, même chez Alexandre Dumas). Pour un public plus avisé, on lui attribue la victoire sur La Rochelle (ce qui est vrai) et la conquête des frontières naturelles (ce qui est faux). On lui attribue la victoire sur la maison d'Autriche (ce qui est vrai), le culte d'une raison d'Etat cynique et la laïcisation de la politique (ce qui est faux). Bien des événements du temps de Louis XIII - ce temps baroque qui contient en germe l'apogée classique - restent inconnus du grand public. Les livres érudits ont essayé de donner de Richelieu une image améliorée. Mais, ou bien ils sont peu accessibles, ou ils embellissent exagérément leur héros, ou bien (c'est la mode plus récente), il en font un homme pieux et un peu trop édifiant. L'essai de François Bluche, qui privilégie l'homme à travers l'évocation de l'oeuvre, nous fera connaître un personnage plus compliqué que sa légende, moins terrible s'il n'est pas toujours rassurant. Non dépourvu d'humanité, voire d'humour. Le fondateur de l'Académie française est autre chose qu'un tortionnaire sans pitié.